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Compte-rendu de la séance du 27 novembre 2002


La place de la sphère économique dans la tradition démocratique
Exposé de Chloé Gaboriaux 


 


On entend souvent autour de cette table incriminer “ l’économie ”, “ le marché ” associés parfois au “ libéralisme ” ou au “ capitalisme ” et rendus responsables de la tendance qu’ont beaucoup d’élèves à tout monnayer jusqu’aux relations humaines. Sans nier la part de vérité que peuvent comporter ces assertions, il semble nécessaire de les préciser et de les justifier, pour éviter tout amalgame ou confusion.

Parmi les précisions à apporter aux termes du débat, deux paraissent essentielles :

1) La première concerne l’usage excessif et souvent impropre du mot “ libéralisme ”. Il faudrait notamment distinguer libéralisme économique et libéralisme politique, et, en revenant aux grands auteurs du libéralisme politique, souligner son importance dans les théories démocratiques modernes : les valeurs qui fondent la démocratie sont ainsi pour partie des valeurs libérales.

2) La seconde concerne la définition du groupe concerné par cet esprit mercantile souvent dénoncé. En effet, les élèves ne sont manifestement pas les seuls à raisonner systématiquement en termes économiques. Les adultes, et notamment une partie de la communauté scolaire, leur donnent l’exemple. En témoigne le besoin qu’ont certains professeurs de justifier leur enseignement par le profit et l’utilité futurs – exprimés en termes économiques et sociaux – qu’en tireront leurs élèves. Peut-être croit-on ainsi éviter tout “ moralisme ” en parlant “ concrètement ” ?
 
 

Discussion :

Remarques diverses : 
. La pensée libérale de Smith s’inscrit dans un cadre moral fort (religion protestante du XVIII° siècle), et l’intègre puisque l’individu doit rechercher égoïstement la maximisation de son profit, mais dans une société où la charité est loi.
. On observe à l’heure actuelle une invasion du vocabulaire économique dans toutes les sphères de la vie des sociétés.
. Il est gênant de ne pas vouloir remettre en cause le libéralisme au motif que cela menacerait des valeurs auxquelles on tient. Le discours sur les valeurs est lui-même gênant, car il n’y a pas d’en-soi des valeurs. Il semble plus intéressant de poser la question des conditions du vivre ensemble, car on observe aujourd’hui qu’on n’introduit plus les enfants au politique mais qu’on leur transmet une logique économique qui envisage la liberté comme un rapport de forces seulement.

La discussion se cristallise autour de la question des valeurs :
. Le professeur doit transmettre des valeurs, pour que les élèves les contestent et les renouvellent un jour (Arendt), même si en privé, sa position est plus nuancée. C’est assumer le monde, en tant qu’adulte (Arendt). Luc Ferry souhaite renforcer ce rôle du professeur, mais l’on peut craindre qu’un contenu soit donné à la morale, par une institution.
. Les repères à donner aux enfants doivent-ils pour autant être des valeurs (ont quelque chose d’intangible) ou des règles (relatives, pouvant être remises en cause, mais conventionnelles, créant une confiance et un univers stable) ?
. Le problème est qu’un élève qui accepte le caractère conventionnel d’une règle est capable d’accepter ensuite n’importe quelle règle. Il faut hiérarchiser les valeurs et reconnaître que certaines assurent un vivre ensemble.
. Plus que de morale, la société a besoin d’éthique. En effet, un enfant n’est pas capable de reconnaître ce qui est bon pour lui, par contre, il est capable d’accepter des règles. Et combattre un sentiment viscéral par une valeur viscérale crée un conflit qui ne se résout que selon la loi du plus fort.
. L’exemplarité peut être également porteuse de sens, et son avantage par rapport aux valeurs est qu’elle laisse une marge d’interprétation.